journée d’études

le couple, la famille, l'enfant : obstacle ou tremplin vers l'accomplissement de soi ?

 

IntervenantS : François BALTA, Alfredo CANEVARO, Salvatore D’AMORE, William DOHERTY, Eric FIAT, Jean-Paul MUGNIER, Gilbert PREGNO.

 PROGRAMME :

La constitution du couple sur la base du choix mutuel du conjoint qui s’est généralisée dans les débuts du 20ème siècle devait donner à chacun les conditions d’une vie plus heureuse, droit au bonheur qui a sans doute trouvé son apogée avec mai 68 et ses slogans tels que “Il est interdit d’interdire” ! Si les parents des années 50/70 élevèrent leurs enfants avec l’espoir de les voir s’élever dans l’échelle sociale (bien travailler pour choisir son métier et ainsi être heureux), ceux des années 70/90 se préoccupèrent avant tout de les savoir heureux, le bonheur n’étant plus une option mais un droit !

Aujourd’hui les formes de la famille et de la parentalité sont multiples, évolution qui se traduit dans la montée de l’individualisme : le sujet doit pouvoir se suffire à lui-même ! Ainsi il n’est pas exceptionnel d’entendre de jeunes parents se plaindre que leur enfant ne comprenne pas qu’il devrait être sage, obéissant, c’est-à-dire très tôt autonome, et ainsi ne pas faire obstacle à tout ce qu’ils font pour réaliser leurs propres projets existentiels que ce soit dans le domaine professionnel ou affectif.

Cette évolution agit de façon évidente sur la nature des liens familiaux ou de couple. C’est de cette transformation, de ce nouveau rapport entre accomplissement de soi et altérité qu’il sera question durant ces journées.

Jeudi  6 Juin  2019

Accueil des participants : 9h30-10h00

Ouverture 

10 h 15 :   Eric FIAT

"Le moi s'éveille par la grâce du toi", disait Bachelard. Formule trop belle pour être vraie ?

 "Enfin seul ! - Et je me demande déjà avec qui...", disait Guitry, pointant de manière définitive l'ambivalence fondamentale de la solitude : heureuse et restauratrice quand elle est choisie et provisoire, mais malheureuse et destructrice quand elle est subie et prolongée, comme Tournier le montre de manière si forte dans sa reprise philosophique et romanesque du mythe de Robinson Crusoë. Parce qu'un homme seul est toujours en mauvaise compagnie, il n'est de compagnie qui ne lui paraisse préférable à la solitude  laquelle n'est pas un milieu neutre mais corrosif, agissant sur le moi comme un acide invisible pour qui n'a pas la chance dans son ermitage de sentir la présence de Dieu. Puissance salvatrice donc de la présence d'un conjoint même non choisi, d'enfants eux-mêmes non choisis (ce qui fut le lot des hommes avant qu'ils ne voulurent que leurs mariages fussent d'amour et leurs enfants fruits d'un projet), pour qui ne sait comme Rousseau rêver en ses promenades solitaires.

Dans les sociétés holistes c'est la présence seule de l'autre qui valait, son amour étant un surcroît. De conjoints et d'enfants de ce genre on n'attendait si peu qu'il n'y avait guère de risque qu'ils déçoivent ! Il en va tout autrement dans les sociétés individualistes, où l'on voudrait que conjoints et enfants fussent choisis : l'enchantement ne fomente-t-il pas alors la déception, l'illusion la désillusion ?

Et l'idée selon laquelle le "toi" serait moins ce qui éveille le "moi" que ce qui l'étouffe de faire son chemin… Au point d'avoir envie comme Rousseau de faire l'éloge de la solitude : "Je ne suis moi-même que lorsque je suis seul" ?  Sans doute pas... Car comme disait Guitry : "Enfin seul ! - Et je me demande déjà avec qui...".

 

11 h 30 :   Salvatore D’AMORE

Le temps suspendu du divorce : pertes ambiguës et nouvelles appartenances

 

La séparation, bien que de plus en plus fréquente, reste une transition critique. Un cortège de pertes relationnelles suit cet évènement et dans certaines situations, le temps familial peut se cristalliser autour de l’impossibilité de reproduire une identité perdue et de recréer des nouvelles appartenances.

A l’aide de la méthode des sculptures du temps employée dans la prise en charge thérapeutique d’une famille divorçante, nous explorerons la pertinence du lien entre pertes relationnelles et temps suspendu.

L’analyse de cas fait émerger l’importance d’un travail analogique et narratif avec les patients et leurs familles afin de pouvoir gérer l’ambiguïté des pertes et de redynamiser temps subjectif et familial.

Cette perspective semble être porteuse pour le travail avec toute famille et en particulier avec certaines nouvelles familles qui ont connu beaucoup de ruptures et qui n’arrivent pas à établir des projets pour leur futur.

 

 

14 h 00 :   William DOHERTY (avec une traduction consécutive)

Vie éthique et vie civique en consultation et au-delà.

 

Nous savons que nos clients font face à des dilemmes éthiques, et les amènent avec eux dans le travail thérapeutique. Rester marier ou divorcer, tenir un secret ou le dévoiler, rompre ou maintenir une relation avec des proches en difficulté, s’engager dans une nouvelle relation amoureuse ou préserver la stabilité des enfants : la liste est longue.

Cependant nous n’avons pas de protocole pour aider nos clients à résoudre leurs dilemmes puisqu’on nous a appris à être neutre et à éviter les sujets qui pourraient les aliéner. Le résultat est souvent le silence de notre part plutôt que l’aide.

Cette intervention aura pour objectif de transmettre une nouvelle psychologie des émotions grâce à l’éthique, pour être plus à l’aise avec ces questions posées par nos clients, et acquérir des compétences pour mener une consultation basée sur l’éthique qui enrichira et consolidera la pratique professionnelle.

Nous explorerons une nouvelle frontière en thérapie : comment créer un espace d’échanges à propos d’éléments anxiogènes qui sont en lien avec la vie publique, politique, et comment penser nos clients et nous-mêmes en tant que citoyens donc en tant que membres responsables de la communauté.

Vendredi  7 Juin  2019

Accueil des participants : 8h30-9h00

Ouverture 

9 h 00 :   Alfredo CANEVARO

« Prendre son envol »

thérapie systémique individuelle et invitation de la famille d’origine 

Les cormorans sont des oiseaux marins qui régressent avant d’abandonner leur nid et s'éloignent des comportements appris pendant les premières heures de leur vie : ils se balancent, ils pépient avant de prendre leur envol. Ils font un pas en arrière puis deux en avant dans une sorte de  « reprogression » biologique.

Cette image qui voit une régression en vue d’un progrès est reprise par Alfredo Canevaro pour illustrer sa propre philosophie thérapeutique dans le traitement individuel des patients avec la participation des partenaires et des membres significatifs de la famille.

Après une brève période destinée à établir une relation de confiance avec le thérapeute et après avoir identifiés les nœuds irrésolus au sein de la famille d’origine, « revenir pour faire ses valises et repartir à nouveau » signifie profiter d’une rencontre émotionnelle qui offre les nutriments affectifs et aide à la confirmation du Soi des patients pour leur permettre ensuite de repartir spontanément, plus forts dans le parcours  psychothérapeutique et à la recherche d’un projet existentiel autonome.

Ainsi le patient est aidé à reconnaître la fonction fondamentale de la famille et à trouver sa propre place dans la société en tant que protagoniste actif. La réalisation de cette tâche évolutive est souvent en effet empêchée par le manque de rencontre affective nécessaire et surtout  due à sa recherche infructueuse.

13h h 45 :   François BALTA

Les formes cliniques de la loyauté 

La loyauté, qu’elle soit visiblement affirmée ou invisiblement vécue, semble être, au-delà de toutes les émotions variées qui l’expriment, une caractéristique essentielle du lien entre enfants et parents. En quoi participe-t-elle de notre humanisation ? Est-elle encore d’actualité dans un monde qui prône si fortement les droits de chacun à se réaliser sans entraves ? Est-ce une notion dépassée ?

Nous regarderons les différentes manières dont cette loyauté peut s’exprimer cliniquement avant de nous interroger sur son avenir dans le contexte des « nouvelles » parentalités, dont on peut imaginer qu’elles pourront un jour, grâce au « progrès » des techniques et l’évolution des mentalités, devenir des parentalités non seulement sans père ou sans mère, mais même sans parent. 

 

14 h 45 :   Gilbert PREGNO

Les enfants peuvent-ils encore compter sur leurs parents ?  

Nous vivons dans une société en constante mutation, ce qui entraine de grands changements au niveau de la structure familiale et de la place que les enfants y occupent. La famille bien que régulièrement contestée et décriée est comme une mourante qui se porte bien. Pour ce qui est des enfants on observe de plus en plus souvent que ce sont eux qui deviennent la colonne vertébrale pour des couples fragilisés. 

La question est de savoir dans quelle mesure les enfants reçoivent encore ce dont ils ont besoin pour grandir. Et compte tenu de la rapidité avec laquelle s’imposent les mutations, quels seront les modèles que les enfants une fois adulte vont utiliser pour éduquer leurs enfants.

 

 

MAS

 

10 RUE DES TERRES AU CURE - 75013 PARIS

 

PAS D'INSCRIPTION SUR PLACE

 

PARIS 2019 : 6, 7 juin 2019

Coût 2019 par personne :  260 €

Etudiant ou demandeur d'emploi : 200 €.